mercredi 3 juillet 2013

Une histoire de dent

Il fallait bien qu'on y arrive un jour non?

D'ailleurs nous avons été en quelque sorte chanceux puisque Tommy aura bientôt 7 ans et encore toutes ses dents de bébé...

Jusqu'à aujourd'hui.


Vous savez, c'est lorsqu'on participe à différents forums de discussions, pages Facebook, ou autres endroits où les parents demandent conseils, qu'on vit la réalité qu'avec un enfant différent, même bien entouré, nous sommes un peu seul au monde.

Les enfants sont tous uniques, mais dans le développement d'un enfant "typique" il y a des phases et des façons d'intervenir qui se ressemblent.

Tous les enfants autistes sont unique eux aussi, mais il y a une si grande variante dans les particularités de ceux-ci, du niveau d'atteinte, du niveau de compréhension, d'un enfant hypersensible alors que l'autre est plutôt hyposensible, que de trouver conseil est un peu plus ardue.

On s'entraide bien entendu, mais les réponses me font souvent le même effet que si j'écrivais ma question sur un forum de discussion d'enfant "typique".  Parce que les enfants sont trop différents.


Bon, c'était une grosse parenthèse.


En fait, nous anticipions vraiment la première dent qui branle d'un Tommy qui est très peu tolérant en ce qui concerne son corps. Les bobos qu'il gratte, le grain de beauté qu'il a tenté de s'arracher en vain (qu'il a fini par oublier son existence jusqu'à la prochaine piqure qu'il aura dans ce coin là et ça recommencera encore), les ongles qu'il ne tolère pas du tout et qu'il s'arrache à tous les jours, qu'il cri "coupe ongle" aussitôt qu'il y a un minuscule bout qui dépasse et qu'il n'arrive pas à enlever lui-même. Le nez qui coule, le nez bouché, un mal de gorge, sa manie qui a durée quelques jours à se frotter la gencive du haut en sang sans que je ne sache pourquoi... 

Bref, une dent qui branle chez un petit garçon comme Tommy, ce n'était pas quelque chose qui s'annonçait simple. D'ailleurs, nous disions que c'était évident qu'il arracherait sa dent de force parce qu'il n'aimerait pas la sentir branler.

Mais, comme tout parent, on espère se tromper!

Bon, si ça s'arrêtait là, il y a l'énorme barrière du langage et de la compréhension. Tous les dessins, toutes les "Brigitte Harrisson, Antoine Ouellet, Michelle Dawson..."  ont bien beau parler de l'autisme et expliquer aux gens comment un "autiste pense", ils n'ont pas la réponse à tout, et l'autisme reste tout de même unique à chacun dans ses différences.

Tommy a une énorme barrière au niveau de la compréhension, qu'on dessine, qu'on écrive ne change absolument pas cette barrière.  Sa notion du temps est limité et il comprend difficilement encore des consignes ou phrases simples qu'il n'a pas entendu et pratiqué régulièrement.

On arrive donc un jour, avec un enfant de 7 ans, qui ne comprend pas vraiment très bien notre langue, qui a une dent qui branle et là c'est le drame.

En fait, c'est un bête accident, sa dent branlait mais il ne le savait pas encore, jusqu'au petit accident où il a serré les dents un peu trop fort et que sa dent s'est mise à saigné.

Tommy est parti à la course en criant "dentiste" vers la salle de bain en pleurant "bobo". 

J'ai eu droit à

"dentiste"
"bobo dent"
"réparer dent"


Si c'était simple, on pourrait lui expliquer ce qui se passe. Si c'était simple et l'autisme tout sauf compliqué, j'aurais pu avoir une piste de solution efficace pour aider Tommy à comprendre ce qui se passe avec sa dent.

Mais l'autisme, c'est compliqué. Point.

Tommy a pleuré, encore et encore.  J'ai fait l'éducatrice de moi et j'ai dessiné les explications qui finalement ont eu pour résultat de faire pleurer Tommy encore plus.  Petites dents, grandes dents, petites dents vont tomber, grandes dents vont pousser.

Qu'est-ce que Tommy a pu bien comprendre? Aucune idée. Mais en lisant "dent est tombée" sur le dessin de ce qui l'attendais plus tard, il a pleuré encore plus.

La notion du temps. C'est quand "plus tard"?  La dent "pousse" euhhhh, pour nous c'est clair, pour lui je pourrais parler en chinois que ce serait du pareil au même.

Une chose qu'il savait, sa dent était "brisée", même si je lui répétais que non. Et Tommy pleurait de plus bel.

Il a réussi à se calmer avec des jeux sur le IPAD, jouant avec sa dent constamment, criant par-ci par-là en larmes que la dent était brisée ou "bobo dent".  Retournant devant le miroir et pleurant encore plus de voir la dent qui bouge et n'est plus "à sa place".

Et les heures ont passées, dans cet état. Même au couché.


Tommy a beau être un petit garçon de 7 ans très intelligent, capable de lire et apprenant même les additions, la barrière elle, elle est bien haute, bien solide, bien réelle et affecte toute sa vie.


Tommy s'est couché, a repleuré, a essuyé le sang qui continuait de couler à force de tirer sur sa dent constamment...

C'était évident, hier soir, à 21h00 alors qu'il se regardait dans le miroir encore en pleurant, que la dent, elle ne pouvait pas y rester bien longtemps.

Ce matin, le scénario a repris. Les voyages à la salle de bain en larme, les kleenex à la main pour essuyer le sang, la dent qui bougeait de plus en plus. L'acharnement de Tommy à ne vouloir tolérer sa dent qui bouge. Les pleurs devant le dessin de la veille et le "plus tard" de la dent qui allait tomber.

Plus tard...  Mais mon idée était déjà faite, c'était évident que le scénario que nous avions envisagé se produisait réellement. Là, maintenant. Tommy acharné à se débarrasser au plus vite de sa "dent brisé".


Moi qui a eu horreur de cette étape de ma vie quand j'étais petite, j'ai dû me faire à l'idée et jouer au dentiste avec Tommy question d'apaiser sa peine et pouvoir lui permettre de passer une belle journée. Ce ne fût pas si facile, avec une dent qui n'aurait dû tomber que dans quelques semaines seulement. Elle n'était pas prête, malgré que Tommy avait fait la moitié du travail décrochant un côté de la dent, ça m'a tout de même pris plusieurs tentatives et une bonne force pour arriver à enlever l'intrus qui n'avait plus d'affaire dans sa bouche. Tommy lui, était bien docile, parce que c'est ce qu'il voulait. Patient, la bouche ouverte, il attendait que je finisse mon travail.

Mais il a pleuré pauvre petit cœur, voyant le sang couler de sa bouche, les yeux horrifiés.




Heureusement, c'est passé. Tommy a repris son sourire et passé une partie de la journée à aller s'observer à la salle de bain, me disant bravo en passant devant moi.

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