vendredi 30 janvier 2009

Ma fille

Octobre 2008. Voici un petit récit que j'avais écrit à ce moment.

Ma fille je l'appelle La lune. Elle est souvent partie dans la lune c'est fou. Quand je lui parle elle regarde un peu dans le vide, beaucoup dans le vide. Même si j'essaie de faire des oeillères et lui demande de me regarder dans les yeux elle finit par tapponer mon chandail, ma chaine, regarder dehors, se tapponner les ongles...

Elle a beaucoup d'angoisse. Tombe rapidement dans le "je suis pas capable" en criant ou pleurant. À la garderie l'éducatrice me disait qu'elle aussi ça l'inquiètait de voir comment elle est insécure, peur des sons, comment ça va aller rendu à l'école... que ça risquait de ne pas être facile pour elle.

Ces temps-ci c'est la crise quand on veut monter des escaliers qui sont ouvertes (pas de contre-marche) ... elle pleure. Peur des sons, elle a la tremblotte des fois d'angoisse. Cette semaine à la garderie un monsieur est entré dans la salle pour visser quelque chose. La perceuse ne faisait pratiquement pas de bruit, mais elle a tout de même pleuré et tremblé jusqu'à ce que le monsieur parte. Ce n'est pas facile pour le coeur d'une maman voir ça.

Quand j'ai parlé aux gens du commentaire du médecin pour le tdah les gens me disaient : "voyons ta fille est toute calme, elle se concentre sur ses dessins etc...". Dans mes lectures ils parlaient justement de cette concentration dans ce qu'ils trouvent "facile", mais si on essaie comme je disais de lui montrer à faire du tricycle, là ça ne marche pas. Elle décroche après même pas une minute. (bon disons 5 pour être gentil). À 4 ans elle ne sait toujours pas comment pédaler, elle a de la difficulté avec certaines choses moteurs, problème de coordination (pirouettes etc..) et si on veut lui montrer elle vient mal en disant qu'elle n'est pas capable presqu'en pleurant.

C'est normal qu'à ce point je me questionne : "à quel âge certain comportement d'enfants sont considérés comme un problème ?" Je donne un autre exemple. Nous sommes allés à l'aquarium. Là-bas tout d'un coup elle a ramassé son gobelet pour le lancer dans la rivière. On lui demande pourquoi, elle répond "parce que". Le soir en lui donnant son bain, on quitte la salle de bain pour la laisser jouer. En revenant une bonne partie de l'eau du bain était par terre. On lui demande encore pourquoi ... pour se faire répondre tout bonnement "mes poissons voulaient nager... tu les vois mamans, ils nagent vite hein?" avec des yeux vraiment "innocents" pas de malice rien. Je perds un peu mes moyens dans ce temps là... je me questionne. Je le vois dans ses yeux qu'elle n'a pas fait "exprès", que ce n'était pas méchant. On lui explique et elle comprends... mais c'est un peu comme quand elle est toujours dans le milieu de la rue quand on prend une marche. On a beau expliquer encore et encore, punir, elle y retourne sans cesse toujours un peu dans la lune. Si on la "punit" en la mettant dans la poussette, ça ne la dérange pas et elle répond : "ok mes pieds sont lourds... (ou fatigués)".

Ma fille est quand même une petite tornade. C'est une enfant qui n'arrête pas beaucoup. Elle ne fait plus de sieste depuis ses 20 mois et à 9 mois pouvait passer des journées entières sans sieste. À 20hrs le soir elle court dans la maison comme une enfant qui vient de se lever le matin frais et dispo pour commencer sa journée.

Le médecin trouvait, juste en l'observant que c'est dur d'avoir son attention. L'arrêter pour lui parler et lui expliquer quelque chose. Moi ce que je remarque depuis qu'elle est petite c'est le fait qu'elle ne dort pas beaucoup et ça ne parait pas. Elle a autant d'énergie. Elle court et court et court... Une éducatrice qui l'a vu à une activité de fin de semaine me disait que c'est dur d'obtenir son attention/concentration quand on lui demande de faire quelque chose.

Elle a des épisodes de réveils nocturnes parfois. L'été dernier, les journées où on sortait le plus elle se réveillait en pleine nuit pendant des heures... elle semblait revivre sa journée... ça été l'enfer pendant plusieurs semaines. Elle dormait à peine 10hrs par jour, elle n'avait même pas 3 ans.

C'est une enfant dur à chicaner. Je disais souvent que rien la dérangeait. Je l'assoyais sur une chaise de punition, ça finissait qu'elle chantait ou se racontait une histoire, mais elle ne le faisait pas pour être méchante, pour elle c n'était juste pas grave et on attend que le temps passe.

Un autre exemple que j'avais écrit : je lui demande de m'écouter on est dehors assis par terre. Je commence à parler et elle arrache du gazon, je perds son attention. Là je lui redemande de m'écouter, elle semble m'écouter jusqu'à ce qu'elle se mette à rire en disant qu'elle se voit dans mes lunettes.

Elle s'en va sur ses 4 ans et s'échappe encore régulièrement dans ses bobettes. Elle ne veut juste pas aller aux toilettes, elle est occupée à quelque chose et n'y va pas. On se bat certains jours pour l'envoyer, elle ira en criant en disant qu'elle n'a pas envie, ou bien va partir pour y aller et finir par partir dans le mauvais sens et être déconcentré par autre chose.

Elle demande beaucoup l'attention... parle fort, répète, répète, répète encore. À la fin d'une journée j'ai droit à un beau mal de tête et étourdie de l'entendre parler constamment

Les sorties je vous laisse imaginer le portrait ... OUFFF disons que c'est essouflant pas mal ..

Des enfants hors normes

Tout un constat !

Voici notre petite histoire de l'été 2008.

À un peu moins de 4 ans, en tant que bonne mère qui se questionne sur l'éducation qu'elle donne à ses enfants, je commençais à culpabiliser sur les comportements de ma grande fille. Je trouvais qu'elle était de plus en plus difficile à gérer dans beaucoup de situation. Promenade dans la rue, promenade au parc, sortie au magasin. Toutes sortes de situations pour lesquelles je commençais (et me questionne encore parfois) à me questionner sur "qu'est-ce que j'ai fait de pas correct avec ma fille ?"

On va prendre une marche, elle court dans le milieu de la rue sans arrêt malgré mes avertissements, finie dans la poussette et ça ne la dérange même pas. Dans les magasins elle court, touche à plein de choses... même chose la punition ne l'atteint pas. À la maison, on doit tout lui répéter... elle a de la difficulté à manger normalement, s'assoit croche, oublie d'aller aux toilettes et j'en passe...

Je ne dis pas que je n'ai aucune responsabilité sur le comportement de mes enfants, mais parfois quand nos tentatives échouent on fini par se remettre en question. Ce que j'explique ici n'est pas non plus un moyen de me décharger de toute responsabilité.

Au mois d'août alors que j'allais consulter à la clinique pour mon garçon, Ma grande m'accompagnait. Ce rendez-vous restera gravé dans ma mémoire pour plusieurs raisons.

La grande avait apporté un crayon et une feuille pour dessiner. C'était un moyen de l'occuper en espérant qu'elle ne soit pas trop tannante dans le bureau du docteur. Le dernier rendez-vous qui datait d'un mois plus tôt, mon chum l'avait apporté et ça avait été une catastrophe, elle a pleuré tout le long qu'elle voulait partir, les bureaux de médecins ou tout ce qui y ressemble en apparence la faisait pleurer.

Arrivée dans le bureau du médecin j'ai Tommy qui s'écrase par terre devant la porte, fâchée d'avoir quitté la salle d'attente où il jouait avec des blocs. Je fais assoir la grande pour qu'elle dessine. Ça ne fait même pas une minute que je suis dans le bureau que la grande est à l'autre bout de la pièce pour me montrer les outils du docteur, et un pot avec du liquide. J'essaie tant bien que mal de parler au médecin mais elle m'interrompt constamment pour me demander "qu'est-ce que c'est ça ?" Tommy pour sa part continu de hurler... et l'examiner est tout aussi difficile. Je ramène ma grande à la chaise en lui demandant de continuer ses dessins.

Le médecin s'assoit et commence à prendre des notes. Si vous saviez, l'air sérieux du médecin m'a tellement déstabilisée... j'avais l'impression de le déranger. D'être la pire mère du monde, pas capable de contrôler ses enfants. Je pensais sortir de là avec un regard de jugement venant du médecin.

Ma grande change de chaise et commence à toucher aux choses sur le bureau, je ne m'en rends pas compte immédiatement. N'oubliez pas Tommy qui pleure toujours autant.

Le docteur me demande son nom et son âge. Il commence à lui parler. Pendant qu'il parle elle ne lèvera jamais les yeux vers lui et je me demande même si elle a écouté ce qu'il disait. Et il commence : "... tu sais si je venais chez toi et que je touchais à tes choses dans ta chambre tu n'aimerais pas ça hein?". Elle ne réagit pas et fais un petit signe de tête. Il poursuit : "Moi, je pense que tu n'aimerais pas ça. Quand tu viens dans mon bureau, moi je n'aime pas ça que tu touches à mes choses." Elle ne bronche pas, elle continue de jouer avec le cadre qu'elle a trouvé sur le bureau.

Je lui enlève finalement le cadre et la rassoit sur l'autre chaise. Deux secondes plus tard, elle est de retour et recommence à jouer avec le cadre. Je la "gronde" une seconde fois. (ou troisième ?) Elle débarque et nous sommes bientôt prêt à quitter le bureau.

Encore une fois la grande se retrouve au fond du bureau du médecin et recommence le même scénario qu'à son arrivée. Elle me demande ce que chaque chose est ... et me montre un plat avec du liquide dedans. Je lui dis de ne pas toucher que c'est au docteur, et le docteur enchérit en disant que c'est dangereux. Elle le dépose, on croit qu'elle a compris et nous continuons à discuter. Quelques secondes plus tard, elle arrive à coté du docteur et lui donne le plat... "tiens c'est pour toi". Le médecin lui demandera pourquoi elle lui a apporté le plat, mais elle continue à répéter... "tiens c'est à toi... c'est du produit etc... "

Moi pendant ce temps je me sens toujours aussi coupable. Jusqu'à ces paroles :

"Vous savez, je vous comprends d'être fatiguée avec deux enfants hors normes. Elle en vaut trois et lui aussi."

Je lève la tête et regarde le médecin directement, demandant des explications.... mais surtout ayant un poids de moins sur mes épaules.

Le médecin m'explique alors ses observations.

"Je crois que votre fille est hyperactive et votre garçon un TED." Son regard n'était plus celui du médecin sérieux que j'avais l'impression de déranger... mais plutôt celui de quelqu'un qui compatissait à ma cause... qui comprenait que ce n'est pas toujours facile.

C'est suite à ce rendez-vous que tout a commencé pour moi. Que j'essaie de moins me sentir coupable face au travail que je fais avec mes enfants et aussi qui a enclenché toutes les démarches m'amenant où je suis aujourd'hui.

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