jeudi 18 décembre 2014

Ne pas comprendre... et le jugement.

Comme plusieurs sur le web, sur les médias sociaux divers, groupes facebook, forum de discussion, il est difficile de passer sous silence la nouvelle publiée dans le journal en date du 17 décembre.

Pourtant, j'ai hésité avant de me mettre à l'écrit. Plusieurs l'ont déjà fait, alors pourquoi en parler encore? Plus?

Hier, je n'aurais pas écrit le message d'aujourd'hui. C'est pour cette raison que hier, je ne l'ai pas écrit. Je n'en étais pas certaine, car, il y a beaucoup de personnes touchées, de personnes attristées par la nouvelle, il y a un réseau ébranlé, qui va prendre du temps à s'en remettre.

Pourquoi est-ce un sujet si difficile à aborder? Car on peut supposer, on peut penser, on peut croire, mais on ne sait pas.

Hier matin est sortie la nouvelle qu'un jeune "possiblement autiste" avait abusé de la confiance de plusieurs parents et avait été arrêté dans le cadre d'une enquête sur l'exploitation sexuelle des jeunes enfants.

Pour faire court, il se prétendait autiste (ce que nous ne pouvons confirmer hors de tout doute) et a réussi au fil du temps à établir un lien de confiance et une notoriété sur les réseaux sociaux. Une fois le lien de confiance établi, il a fait des demandes inusités à certaines mamans concernant des conseils sur l'hygiène personnelle. Une chose en a mené à une autre et il a obtenu des photos et des vidéos de certains enfants dans leur bain. (http://www.journaldemontreal.com/2014/12/16/arrete-pour-des-photos-denfants-nus-dans-leur-bain)


Hier, j'aurais eu envie d'expliquer à ces gens qui ont jugé, publiquement, les parents victimes, pourquoi, comment cela s'est passé.

Je ne l'ai pas fait. Car, qui suis-je pour me permettre de parler au nom des victimes? Car, ce sont-elles qui connaissent les faits, qui savent ce qu'elles sont, leurs émotions rattachées à la situation, la raison pourquoi c'est allé plus loin avec certaines d'entres-elles. Elles se connaissent. Pas moi. Alors, de quel droit aurais-je pu me permettre de l'expliquer à leur place, sans tomber dans des hypothèses, supposition de tout genre.

Non, je n'ai même pas envie de parler d'elles comme je croyais le faire hier. D'expliquer l'autisme, ce qu'on vit en tant que parent, notre désir de vouloir comprendre et aider nos enfants.

Aujourd'hui, j'ai plutôt eu envie, et choisie, de ne pas parler de l'autisme. Vous savez, celui auquel on reproche déjà tant. De ces parents courageux à ces enfants "handicapés", troublés". On en entend tellement au fil des ans, qu'on retient qu'ils dérangent, qu'ils ne sont pas comme nous, qu'ils sont "différents". On clame tellement haut et fort que le taux de maladies mentales, de troubles divers, d'handicaps mentaux sont de plus en plus présent dans la société, qu'on oublie de se regarder le nombril. Nous. Ceux qui se pensent "la norme", les corrects, les bons de la société, les utiles... en pointant tout ceux qui ont des défauts.

Non, c'est rare, lorsqu'on parle de l'autisme, qu'on pense de les pointer ces autres. Ceux qui nous font croire que l'autisme n'est pas normal, que la dépression est une faiblesse, que la tentative de suicide est un manque de courage, que les schizo devraient être enfermés..., que les DI sont bons à rien et que les trisomiques ne méritent pas de faire partie de leur Terre.

C'est à ça que j'ai pensé. En relisant l'article d'hier, les commentaires qui ont suivis, en écoutant d'autres articles et d'autres entrevus. Je n'ai plus eu envie de parler de ces parents, ni de l'autisme, j'ai eu envie de parler des autres. Ces "meilleurs" qui ont clamés haut et fort que EUX, ça leur arriverait pas des affaires de même.

J'ai eu envie de parler de cette faiblesse de EUX. Ces autres. Ceux qui croient qu'ils sont mieux, qu'ils sont "corrects", qu'ils n'ont pas de maladie, faiblesse, handicap... Alors que EUX, oublient que la seule raison pourquoi ils ne sont pas qualifiés de malade, c'est que ce qui fait de l'être humain une personne parfois méchante, néfaste, blessante, n'est pas qualifié d'anormal. Ne pas savoir décoder les codes sociaux. ÇA c'est grave. Être JALOUX, ENVIEUX, MESQUIN... et tout autre qualification du genre, ÇA c'est normal.

Je suis désolée aujourd'hui d'annoncer que personne n'est mieux, juste parce qu'il n'a pas eu une étiquette indiquant le contraire. Car, hier, ce que j'ai vu, c'était loin d'être les mieux, les meilleurs. C'était plutôt la farce de l'humain. Celui qui pense tout savoir, tout connaitre, alors que lui-même, au quotidien, est un des plus grands handicapés qui peuple cette Terre. C'est celui qui oublie de réfléchir avant de parler. Qui envie, qui juge, qui jalouse, qui ment, qui détourne, qui manipule... C'est celui qui n'a aucune capacité à affirmer qu'il ne comprend pas, sans juger. Sans lancer des noms et des roches... C'est celui qui n'a même pas la capacité, une simple seconde, de se mettre dans la peau de quelqu'un d'autre en dehors de la sienne. Cette même faiblesse, non, handicap, qu'on reproche aux autistes...

Aujourd'hui, j'avais seulement envie de demander une chose. Du respect. Envers les victimes. Qui sont plus que la victime d'une personne, mais d'une manipulation, du jugement, d'eux-mêmes dans cette culpabilité qu'ils ressentent certainement... coupable d'avoir seulement voulu aidé...


Aujourd'hui, je demande seulement de ne pas comprendre, si c'est le sentiment qui vous habite à le lecture d'une telle nouvelle.

Aujourd'hui je vous demande de vous dire que VOUS vous ne vous seriez peut-être pas fait avoir, tout en vous gardant une petite réserve, un petit doute...

Aujourd'hui je vous demande de vous souvenir que vous n'êtes pas eux.

Aujourd'hui, je vous demande, tout simplement, de ne pas comprendre, si tel est le cas, sans jugement. Seulement, de ne pas comprendre. Sans les faits, sans les émotions, sans être la personne.

Mais, aujourd'hui, j'ai l'impression de demander la lune. Et pourtant, ça me semble si simple.

Ne pas comprendre, sans juger.

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