dimanche 15 mai 2011

L'histoire d'un petit trésor

Il est rare que je parle de moi, et surtout d'un autre sujet que le trouble envahissant du développement sur ce blog. C'est normal parce que le but principal est d'informer et d'aider les gens à comprendre le trouble.

Toutefois, derrière ces écrits, il y a bel et bien MOI. Mère, femme, une personne "comme les autres". Pour cette raison, j'ai envie de vous partager un moment important de ma vie et sa petite histoire. C'est une histoire importante que je veux raconter et garder précieusement. C'est l'histoire de notre dernier petit trésor...


C’est impensable pour moi de vous raconter l’histoire de la naissance, sans commencer par le tout début.


Mon aventure dans le monde de la maternité commença en 2004 avec ma première grossesse. C’est toute une frousse que nous avons eu comme première expérience, avec une grossesse à risque, qui a été pleine d’émotions jusqu’à la fin. Je souffrais d’oligoamnios (manque de liquide). Notre petite puce à venir était dans un environnement plutôt instable, les médecins ne sachant pas si nous pourrions la mener à terme. À 37 semaines et demi, c’était le temps de sortir de là notre première cocotte, par césarienne puisqu’elle était en siège. La puce a une petite malformation cardiaque qui heureusement est sans gravité… et se replace d’elle-même.

Fin 2005 on décide de remettre ça pour une deuxième fois. Moi, qui à l’époque, pensait avoir des enfants à environ 2 ans et demi d’écart, nous décidions de nous lancer dans l’aventure 11 mois après la naissance de notre première enfant. Pour moi c’était évident que je voulais cette fois-ci avoir une naissance naturelle. Étant donné les circonstances de la première grossesse, j’étais suivie comme une grossesse à risque. Tout allait bien, malgré moi, la future maman, qui devait gérer les inquiétudes que les difficultés de la première grossesse se reproduisent. Ce fût une grossesse stressante pour moi, mais quand même pas si mal comme deuxième expérience. Une journée, je partais pour mon suivi, remplie de zenitude… j’étais à une journée des 39 semaines et confiante sur l’arrivée imminente de notre garçon. Cette journée-là j’ai eu la grosse déception d’apprendre que je devais repasser sous le bistouri, oligoamnios une fois de plus, les médecins ont peur que bébé soit en souffrance, il doit sortir immédiatement.

Pendant cette grossesse je disais toujours que je n’aurais pas un troisième enfant collé. Je trouvais la grossesse difficile, et notre fille demandait beaucoup d’énergie. Notre bébé modèle pleurait maintenant presque toutes les nuits à cause des poussées dentaires, elle vomissait une nuit sur deux, on ne dormait pratiquement plus, alternant les brassées de lavage et les bains nocturnes. C’était une enfant angoissée, qui nous avait même empêché de lui trouver une garderie, parce que c’était « trop compliqué » pour les responsables en service de garde.

Notre garçon est alors né, un bébé qui pleurait déjà beaucoup dès ses premiers instants à l’hôpital. Le premier mois de sa vie il ne dormait presque pas et pleurait même dans son sommeil. Ce fût un début difficile et épuisant pour des parents qui se levaient encore la nuit pour la puce de 20 mois.

J’aurais dû à ce moment prendre peur. Pourtant, ce fût l’inverse. Les difficultés que nous vivions m’a fait comprendre à ce moment que c’était maintenant ou jamais pour le troisième enfant tant désiré par moi. Garçon n’avait que 3 mois que je discutais sérieusement sur la possibilité d’avoir le troisième plus rapidement… « C’est ça ou si j’attends je vais avoir peur de tout recommencer plus tard et revivre des débuts difficiles. » C’était loin d’être facile alors avec notre petit poupon d’à peine 6 mois, mais c’était dans ma tête, tout simplement une phase à passer.

Pour mon conjoint c’était le dernier. On s’embarque dans l’aventure de trois bébés collés, on oublie alors l’idée d’avoir un autre enfant. C’était mon rêve à moi quatre enfants et non celui de mon conjoint qui se serait bien contenté de deux. Il m’offrait la chance, sans hésiter de mettre au monde un troisième enfant même si ce n’était pas un gros désir chez lui.

Petite puce se logea donc dans ma bedaine à peine 6 mois et demi après la naissance de son frère. Une grossesse presque parfaite, une réconciliation pour moi avec la maternité. Reprendre confiance en mon corps et ses capacités à mener un enfant à terme, sans complications. C’est une grossesse presque parfaite, mais avec une petite déception lorsque j’appris à 28 semaines que la petite puce souffrait probablement d’hydronéphrose. Comme j’avais aussi eu deux césariennes, c’était le choix qui s’imposait alors, après plusieurs recherches sur le sujet, je préférais choisir la césarienne itérative, avec le petit pincement au cœur qui me rappelle que je ne pourrai probablement pas concrétiser mon rêve d’avoir un quatrième enfant, étant donné les risques augmentant d’une césarienne à l’autre.

Petite puce est venue au monde, une césarienne difficile en tout point, la chirurgie, et la guérison. Je ne veux plus repasser par-là, j’ai assez donné après trois chirurgies considérées majeures et des rétablissements qui sont dans mon cas difficiles.

Petit garçon grandit, mais ce n’est toujours pas facile avec lui. Il a 15 mois lorsque la petite puce vient au monde et il est en retard sur les autres enfants. Il pleure encore la nuit, tout comme sa grande sœur qui semble dotée d’une source d’énergie inépuisable, qui dort à peine et se réveille parfois plusieurs heures la nuit. À la naissance de la petite puce on est littéralement au bout du rouleau. Si on enfile 3-4hrs de sommeil par nuit, on est chanceux. La moyenne se tient dans les 2-3hrs.

J’adore ma petite puce, mais la fatigue m’empêche de profiter de sa naissance. Je veux passer au plus vite par-dessus la phase bébé naissant. Elle est difficile, elle nous empêche de sortir, hurlant dès qu’elle touche le banc d’auto, et elle prend 2hrs à boire durant ses réveils nocturnes. Je suis épuisée, mais toujours avec la pensée que c’est temporaire, un coup à donner.

Les enfants grandissent… et je commence à comprendre que j’ai un deuil à faire sur mon rêve d’avoir un quatrième enfant. Il faut se rendre à l’évidence. J’ai deux enfants qui avaient une malformation à la naissance, j’ai eu trois césariennes avec des guérisons difficiles et nos deux premiers enfants ont des problèmes de sommeil qui s’étirent passé le cap du deux ans.

Ma petite puce me fatigue, c’est un bébé qui pleure beaucoup, surtout en ma présence. Un bébé à bras. Notre garçon lui ne « débloque » pas comme on s’attendait et la grande nous amène à nous re questionner sur nos qualités parentales, ayant l’impression qu’on perd le contrôle.

Je travaille sur mon deuil, c’est difficile, mais je dois le faire. Pour mon conjoint c’est un non catégorique. On est ÉPUISÉS. Tranquillement je commence à penser à donner mes choses de bébés. Je vends le linge de mon garçon, je tri les boites et on commence à se départir de tout.

Alors que notre garçon atteint ses deux ans, on se voit propulsé dans un monde totalement inconnu. On ne s’y attendait pas… mais notre garçon obtient un diagnostic d’autisme sévère à 28 mois. Le médecin qui m’a poussé vers les démarches me parle aussi de notre grande, mettant sans le savoir un baume sur mes inquiétudes de mauvais parents alors qu’il soupçonne celle-ci d’avoir ses particularités bien à elle, pensant possiblement à de l’hyperactivité. Et que dire de la puce de 9 mois qui gruge toute l’énergie qui me reste.

À ce moment je comprends que la décision d’avoir eu la plus jeune rapidement était l’idéal. Il était évident qu’on aurait pris peur suite au diagnostic de notre garçon et on aurait probablement laissé tomber le projet d’un autre enfant. Je remercie à ce moment la vie de m’avoir poussée à avoir un autre bébé rapproché et finalement je trouve que je m’en sors pas si mal malgré mes inquiétudes du début. Je n’ai absolument aucun regret sur nos décisions.

À ce moment, je dois aussi accepter ma situation et continuer le processus difficile du deuil d’un autre enfant. J’en parle souvent à mon conjoint, je trouve ça difficile et il tente de son mieux de me supporter là-dedans. Il ne me met pas de pression et suit mon rythme sur l’acceptation que la famille est terminée. Il ne me pousse pas non plus à tout débarrasser trop rapidement. Il comprend ma peine lorsque je vois des femmes enceintes et de nouveaux bébés, mais pour lui c’est terminé. On en a assez comme ça avec tous les récents développements.

Comme nous n’étions pas au bout de nos peines, mon conjoint est tombé en épuisement, le stress des démarches, l’acceptation d’un diagnostic sévère pour notre garçon, le beau « portrait »brisé de sa fille parfaite qui finalement a aussi des difficultés. C’était trop. On a vécu plus d’un an dans un tourbillon de spécialistes, de recherches, d’apprendre à connaitre un nouveau monde… on a enfilé les évaluations pédopsychiatriques un peu trop rapidement ayant nos deux premiers enfants vus en six mois d’écart. Un autre six mois plus tard, je me voyais enclencher des démarches pour notre petite puce, qui elle aussi, du haut de ses deux ans, cumulait des retards semblables aux deux autres. C’est un diagnostic de trouble envahissant du développement non-spécifié (mais léger) qui tombait un an jour pour jour après le diagnostic d’autisme sévère de notre garçon.

Ça y est, c’est impensable avoir un autre enfant… j’essaie toujours de m’en convaincre malgré la douleur que ça me fait de voir mon rêve brisé.

Les mois passent, le deuil avance…

Jusqu’à cette journée précise, suite à la naissance de la petite puce d’une amie, où mon conjoint m’est arrivé avec « l’offre ».

Du jour au lendemain, je passe du deuil d’un autre enfant, à réfléchir sur tous les points qui je sais devraient me convaincre de ne pas me lancer dans l’aventure. Je passe d’un conjoint qui disait non à un conjoint qui dit « qu’il est prêt à le faire pour moi ». On discute, je ne veux pas que ça se fasse d’une façon forcée…

Je passe du deuil à l’espoir… et j’obtiens quelques semaines plus tard, le + inespéré… auquel j’ai encore de la difficulté à croire.

Ce fût une grossesse particulière. Trois ans à travailler le deuil d’un enfant, ça ne s’efface pas en quelques minutes. Je vis ma grossesse comme avec cette crainte qu’on me brise mon rêve. Qu’un événement m’arrache de mon nuage. Je compte les jours, les semaines, avec impatience.

Je dois aussi accepter que si on attend un autre garçon, je dois vivre avec les risques qu’il puisse aussi être atteint d’un trouble de développement. Je dois l’accepter et être prête à l’affronter si ça se produit.

Trois ans et demi après la naissance de ma plus jeune, je suis maintenant prête à affronter le corps médical et vérifier les possibilités d’accouchement naturel. Je ne veux pas avoir une autre césarienne.

La nature m’a fait tout de même un beau cadeau, j’ai eu une grossesse que je qualifierai de parfaite. Peu de symptômes, j’arrive à tout gérer ma petite gang à la maison avec la bedaine sans trop de difficultés. Le suivi se passe bien et aucunes complications à l’horizon. Mais la nature peut être aussi imprévisible… et j’ai dû, rapidement dans la grossesse, me faire à l’idée de l’éventualité d’une autre césarienne. Bébé garçon a la tête bien nichée dans mes cotes. Il n’est pas du bon côté pour la sortie.

Je discuterai beaucoup avec mon médecin, je lui explique les césariennes passées, ma difficulté à guérir, la douleur. Elle tente de son mieux de me rassurer et me propose un gynécologue qu’elle considère le meilleur pour les césariennes.

La veille de la césarienne on me demande à plusieurs reprises si j’ai hâte. Je réponds que non. Bien sûr, j’ai hâte de rencontrer mon enfant, ce petit garçon espoir… le bébé que je ne croyais jamais avoir. La réalisation d’un rêve. Mais je n’ai pas hâte, je n’ai pas hâte de revivre la chirurgie et les premiers jours difficiles. La guérison. J’ai l’impression de me faire voler encore une fois la magie de la naissance de mon enfant, mais je dois me faire à l’idée et passer cette étape malgré tout. Je me demande aussi comment je vais accueillir ce nouveau bébé. Vivant avec le spectre du deuil pas totalement effacé, j’ai peur de ne pas me sentir aussi « attachée », c’est la première fois que je vis ce genre de sentiment face à la naissance imminente de mon enfant.

Le 9 mai 2011, j’entre donc à l’hôpital, déçue de devoir repasser une autre fois par la césarienne et une aventure que je trouve désagréable à vivre. J’entre sachant très bien ce qui m’attend dans les prochains jours, espérant seulement que ça se passe le mieux possible. Je suis pourtant assez zen, à m’en surprendre moi-même.

L’attente entre l’arrivée à l’hôpital et l’entrée en salle d’opération est assez longue. Environ 1h30, à jaser, en jaquette… à attendre qu’on m’appelle, pour la quatrième et dernière fois. L’infirmière de l’accueil nous raconte à quel point c’est encore le rush cette journée-là pour les accouchements. Ils manquent, semble-t-il, encore des chambres pour placer mamans et bébés.

À toutes les personnes qui me posaient la question je disais que bébé serait né avant 9hrs. Ce qui devait en fait être le cas. On nous fait passer à « l’autre » attente, à côté de la salle de césarienne. Les questionnaires commencent, c’est le résidant qui débute. La médecin qui va me faire ma césarienne revient me voir pour me dire qu’ils sont bientôt prêts pour moi. Finalement, une minute plus tard on nous dit qu’il y a un petit délai, l’anesthésiste est occupée avec une autre maman.

Je trouve mon conjoint calme, ce qui me surprend par rapport aux autres naissances. Une dizaine de minutes plus tard on m’appelle. Je suis dans la même salle de césarienne pour une troisième fois.

Quand j’arrive, ce sont les infirmières qui se préparent. Arrivent ensuite les anesthésistes (résidante et de garde). Ça jase entre eux, on est surpris lorsque je mentionne que c’est une quatrième césarienne. J’ai toujours trouvé inquiétant la partie préparation à la césarienne. Le papa est dans le corridor seul à attendre qu’on l’appelle et moi j’entends les médecins et infirmières parler entre eux des risques de ma chirurgie. On me demande si j’ai déjà été endormie, si j’ai des problèmes de plaquettes, antécédents d’hémorragie, on vérifie ma gorge. J’entends dire l’anesthésiste qu’il faut absolument que les sacs de sang soit prêts « dans un cas comme ça ». On m’explique les risques d’hémorragies et de complications d’une quatrième césarienne… qu’il faut être prêt à cette éventualité.

Honnêtement, je me demande s’ils réalisent à quel point ça peut être stressant pour la maman assise sur la table d’opération, qui sait que dans quelques minutes elle sera le ventre ouvert.

On me fait l’anesthésie, à mon grand soulagement ma première inquiétude passe, je n’ai pas senti de douleur à la piqure. On m’installe soluté, sonde urinaire, et le champ opératoire qui me cachera, encore une fois, la naissance de mon enfant.

Papa arrive dans la salle, caméra a la main.

La chirurgie est commencée… et à ma grande surprise, la médecin qui faisait mon suivi de grossesse arrive juste à temps pour voir bébé sortir!

C’est le bébé qui a été le plus dure à sortir. Depuis 20 semaines de grossesse, petit garçon avait la tête bien en haut. Ils ont pesés comme jamais… m’empêchant totalement de respirer malgré les conseils généreux du médecin qui me dit respire doucement! AH! AH! Facile à dire quand on te comprime le corps au complet. Je lâche un dernier « ayoye » au même moment où ils réussissent enfin à sortir mon petit coco de son confort des 20 dernières semaines.

Bébé pleure presqu’instantanément. Un pleur fort et vigoureux! Il ne se fait pas prier pour se faire entendre! Les infirmières le prennent et je le vois au loin. Il me semble tellement petit! Trois ans et demi plus tard c’est vrai qu’on oublie à quel point ce n’est pas gros un bébé naissant…

Papa filme le tout pour que je puisse savourer la naissance de mon garçon plus tard. On le sèche et on me l’apporte dans les bras pour le reste de la durée de la césarienne. Pour la première fois en quatre césariennes, je peux avoir mon bébé sur moi, même si je le vois à peine tellement il est collé près de mon visage, j’ai cette chance de pouvoir le toucher, le flatter et ce quelques minutes après sa naissance et pas emmitouflé dans une grosse couverture. Il est si beau et si doux!

Je rencontre ce bébé, qui, sans le savoir, m’a fait vivre la plus belle expérience de grossesse, une réconciliation complète avec la maternité.

Il est là. Pour vrai… ce n’est plus seulement de l’espoir mais un être bien vivant que je tiens dans mes bras… mon petit dernier miracle.


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