jeudi 5 décembre 2013

Histoire de dent (encore!)

La vie avec les enfants, n'importe quels enfants, c'est rempli de nouveautés, d'étapes à franchir, de défis, de petites joies et de petites peines.

C'est ça avoir des enfants. Je me permets de le dire.

Toutefois, avec les enfants différents, des petites étapes sont plutôt de grosses étapes à franchir ou franchies. Les petits défis sont plus gros...

C'est comme ça que les petits riens des uns deviennent des gros quelque chose pour nous.

C'est ainsi, qu'au fil des ans, on parle un peu de tout, qui parait peut-être rien pour les autres. Pourtant... c'est tout le contraire.

Donc, aujourd'hui, je parle de rien. Quoi... les dents, qu'est-ce que ça a d'intéressant ou de particulier?  Tous les enfants passent par cette étape. "Ya rien là!". 


Avec les enfants autistes, c'est différent... Les petits riens, ou les petits quelque chose, c'est plus gros... Comme cet article paru il y a un certain temps où je m'imaginais dans la même situation avec Tommy. L'horreur, j'ose à peine l'imaginer.   http://plus.lapresse.ca/screens/40eb-afbc-5273cb0d-9cc7-4c21ac1c606a%7C_0


Avec Tommy, songer à la première visite du dentiste n'était pas simple. Nous avons essayé une première fois où il a accepté de s'asseoir dans la chaise. Ensuite, c'était fini.

Avec son éducatrice du CRDI nous avons préparé tranquillement Tommy a un second rendez-vous. Scénario social expliquant chaque étape, préparation à la maison avec les outils de dentistes, les gants, préparer Tommy a gardé la bouche ouverte, assez grande svp.  Petits riens, gros quelque chose.

Nous sommes chanceux. Le deuxième rendez-vous s'est passé à merveille et Tommy n'est pas un enfant anxieux. Il est important de mentionner que si pour Tommy c'était un gros quelque chose, pour certains enfants c'est un ÉNORME quelque chose et certains doivent même être endormis pour un simple examen de routine.

Aujourd'hui Tommy coopère très bien chez le dentiste, en dehors du fait qu'il ne tolère pas encore les sondes pour prendre les radiographies. Une étape à la fois... nous y arriverons un jour.


Avant-hier, je l'ai écrit sur Facebook donc je me répète ici : Tommy s'est cassé une dent.  Vous savez, celle qu'il avait arraché le plus vite possible pour laisser pousser sa dent d'adulte il y a quelques mois. Alors, juste pour mal faire, on ne sait absolument pas comment, Tommy s'est cassé sa belle nouvelle dent d'adulte.

Petit rien, grosse peine pour Tommy qui hurlait à la vue de sa dent cassée, et nous les parents étions tristes. Pas de la dent en tant que tel, mais de tout, de l'autisme, de ce que cela implique, d'imaginer devoir le faire endormir une autre fois pour la réparation, imaginer les prochaines dents cassées, imaginer les prochaines caries, juste penser au futur. C'est peut-être un petit rien, mais qui pourtant ravive beaucoup et rappelle le futur. C'est comme ça...

Tommy pleurait à chaudes larmes et nous étions, une fois de plus, après toute ces années, tout de même désemparés devant sa peine et son incompréhension de ce qui venait de se produire.

C'est le cœur gros que Tommy s'est couché, avec à ses côtés une feuille lui expliquant qu'il devait faire dodo et que j'allais appeler le dentiste pour faire réparer sa dent. Une veilleuse coccinelle aura pu apaiser le reste de sa peine à défaut que mes paroles soient assez efficaces avec son niveau de compréhension.

Le lendemain matin, c'est le cœur gros que moi je me suis levée. Pour ce petit rien qu'est une dent cassée mais le gros quelque chose qu'il rappelle et ce que cela impliquait.


Des histoires de dents, c'est banal. Est-ce que ça vaut un texte tout entier juste pour une petite histoire d'enfance?

Avec l'autisme, oui. Tout vaut la peine. Juste pour raconter les expériences, pour montrer les réussites, comme les joies, les peines, les régressions. Si nous voulons être honnêtes lorsque nous parlons de l'autisme, tout est important, dans les moindres détails... juste parce que ça fait partie de notre vie, même si ce ne sont que des petits riens...


Alors Tommy est parti heureux pour l'école et moi j'ai fait un téléphone. Le merveilleux dentiste qui a réparé les dents de Tommy au printemps a pu nous voir (ou plutôt a fait de la place pour nous voir), hier, en après-midi.  Rien, ou quelque chose, mais avec un bébé à la maison, deux fillettes qui reviennent de l'école tôt et Tommy dont l'école est à l'autre bout du monde, disons que c'était accommodant que le dentiste puisse me voir dès le retour de l'école de Tommy qui est en congé le mercredi après-midi, juste avant le retour des filles. On ne pouvait pas mieux demander.

Papa était avisé et papa paniquait un peu. Pour faire changement!  Pas question de lui faire réparer ça aujourd'hui hein? Tu peux pas faire ca sans le préparer d'avance...

Bon ok... la mère que je suis veux le bien-être de notre fils alors pas d'inquiétudes à avoir, je vais y aller avec le gros bon sens, mais aussi mon instinct et ce que je connais de Tommy.


Notre idée, c'était d'essayer de faire la réparation de la dent sans passer par l'anesthésie générale. C'est une dent en avant, une palette, pas dans le fond de la gorge donc ca ne doit pas être si compliqué non? D'ailleurs il n'aura peut-être pas besoin d'anesthésie hein? Donc on sauve la piqure?

Arrivée chez le dentiste, celui-ci m'a vu dès mon arrivée, Tommy s'est assis sagement dans la chaise et a ouvert la bouche.

- Ouin, ben il s'est pas manqué hein!".. en résumé, Tommy a disons pas manqué son coup et la cassure était du genre vraiment très proche du nerf.

- Ouin... on arrivera pas à faire ça ici hein?

Moi de répondre au dentiste que je veux l'essayer puisque je tiens à éviter l'anesthésie générale.

- Hmmm vous croyez? Bon ok d'accord.. alors go, on commence!

- Heuuu... là?

- Oui là!

Bon ok, attendez là c'est comme euhhhh j'ai un bébé juste là assis sur la chaise, et je dois les aider avec Tommy?

Bon, on pitche le bébé dans la petite salle d'attente. L'avantage de la petite clinique, pas de danger qu'il se perde, il y a une porte seulement qui nous sépare, personne d'autre dans la salle d'attente et la secrétaire peut avoir les yeux sur lui alors qu'il joue avec des véhicules.

FIOU!

- Bon, alors on va commencer par geler la dent. Tommy, on va endormir ta dent ok? Vous croyez qu'il comprend ce que je lui dis? 

- (à moitié) Au pire je lui écrirai sur une feuille.

- En tout cas, on va s'essayer, au pire, on s'en va à l'hôpital si ça marche pas.

(bonne respiration et prières intérieures! faut le piquer hein???? Ahhhhhh)

- Tommy je vais mettre un gel et on va endormir ta dent.

Jusque là ça va assez bien. Tommy ne se plaint pas et je tiens ses mains. Il montre la piqure à Tommy.

(un autre respire intérieur!)

Tommy proteste un peu plus mais ne pleure pas et fais bien ca en dehors qu'il bouge un peu.  Le dentiste pique... pique... pique...

- Ça va m'en prendre une autre je veux être certain qu'il sente rien.

(première fois que j'assiste à un plombage sans être sur la chaise, cristie, la seringue est pas mal pleine pour un petit bout de 7 ans!)

Tommy se crispe à la je ne sais plus combien-t-ième piqure... 

Ah, en passant, est-ce que vous pouvez imaginer un peu la scène, le dentiste à coté de moi (quelques pouces nous séparent), l'hygiéniste de l'autre coté, les outils et le bras électrique devant moi, attention faut pas que j'accroche rien svp, attention pour pas accrocher le dentiste quand je tiens Tommy pis le dentiste faut quand même pas qu'il me sacre un coup de coude dans le visage non plus!

Tiens les mains de Tommy qui se laisse un peu moins faire, mais jusque-là ça va bien.

Bon alors, dans ma tête de non dentiste, on a juste à collé du plombage sur la dent cassée non? Non?

Petit outil bruyant dans les mains, là ça se corse, le dentiste creuse dans la dent de Tommy qui se met à pleurer à chaudes larmes pour finir à hurler de peur. Heuuu... je l'avais pas prévu celui-là.

Le dentiste parle à Tommy, je tiens les mains plus fort... On laisse quelques secondes à Tommy pour se calmer. Les pleurs s'atténuent (fiouuu parce que là, il un trou dans la dent... un peu dur de revenir en arrière et j'ai pas trop envie de me pitcher à l'hôpital en urgence, j'ai comme un bébé avec moi et deux filles qui reviennent de l'école sous peu.. genre dans moins de 45 minutes!!!!)

On fini de creuser. Tommy se calme, le bruit est fini. Il se débat toujours un peu mais moins, une petite crème pour nettoyer, le dentiste qui dit à l'hygiéniste qu'il faut SURTOUT pas perdre de temps, moi qui essaie de tenir Tommy et ne pas être dans son chemin...

Oubliez les petites conversations calmes entre le dentiste et l'hygiéniste alors qu'ils travaillent calmmmmmement. Là... c'est comme AVOYE GROUILLE!

Bon ok, maintenant, avez-vous déjà essayé de placer un bout de plastique entre une dent cassée (donc du vide pratiquement) et une dent de bébé qui branle???? 

Tommy avait vraiment pas envie... finalement, il s'est retrouvé avec genre 5-6 doigts dans la bouche. L'hygiéniste d'un bord, le dentiste de l'autre, et moi à quelque part par-dessus pour tenir sa langue qui voulait toujours pousser le plastique. Tsé, celui qui va permettre de FAIRE le plombage.

(respire intérieur, après deux essais qui se terminent en échec... Pas l'hôpital svp pas l'hôpital svp)

Le dentiste, et moi, parlons toujours à Tommy. C'est beau bravo, t'es capable, svp non pousse pas avec ta langue, non, bouge pas Tommy, aide-moi...

S'il y avait de la musique dans la clinique, je ne l'ai pas entendu.

D'une main je tiens Tommy, de l'autre, je suis assez dingue pour ramasser mon téléphone question de garder des souvenirs si une prochaine fois ça se présente nous pourrons faire un scénario avec de vraies photos.

(ah oui, le bébé est heureusement toujours dans la salle d'attente).

Bon.. on a réussi le bout de plastique et le fun commence avec le plombage. Tommy ne pleure plus depuis que j'ai commencé à compter jusqu'à 60 pour l'occuper. Il se concentre sur les chiffres.

(ici mon chum interrompt mon histoire pour me dire à quel point le dentiste devait me trouver achalante! Bon, il en a vu d'autres hein!)

1-2-3-4-5-6-7-8-9

12-13-14... le plombage avance bien, Tommy est calme et nous mettons la lumière pour durcir le tout.. entre les "VITE" du dentiste... "FAUT PAS NIAISER LÀ"


15-16-17-18

30-31-32

50-51-52-53-54

Bon le bruit recommence, c'est l'étape de polir le tout...
Hmmm, Tommy recommence à pleurer de peur... mais le pire achève.

 
Ah, non, j'ai oublié de dire... entre 30 et 50, le bébé a décidé de venir nous rejoindre. Après l'avoir assis sur la chaise, il a fait tombé un morceau d'outil par terre et il a éteint la lumière et les outils du dentiste...



Bon, je refile le téléphone au bébé.

Bon, on poli, Tommy pleure, mais moins, il s'habitue tranquillement entre moi qui a perdu le compte et le dentiste qui lui parle encore.


C'est fini?  Euhh.. pas tout à fait. Tommy a une dent de bébé qui branle mais l'autre dent pousse en arrière, donc aussi bien en profiter pour l'enlever. Simple non?

Bon, j'ai pas pensé à mon affaire...

- Il faut que je le gèle encore pour être certain qu'il sentira rien...

Euhhhhh... une autre piqure?  Ceux qui ne l'ont jamais vu se faire... comptez-vous chanceux... 


Deux minutes plus tard, Tommy saute partout dans la salle d'attente comme si de rien était.


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