mercredi 9 mars 2011

Des crayons ça sert à...

Des crayons ça sert à...


La façon neurotypique :  Les crayons servent à écrire, dessiner, colorier.

La façon TED :  En fait, ça dépend évidemment de chaque enfant, mais la façon Tommy les crayons servent à rouler, aligner, classer, écrire des chiffres ou des lettres à répétition.


Le socialement acceptable, vous comprendrez que c'est la façon neurotypique. C'est ce qui sert à l'école et au travail, l'écriture et le dessin prenant une place assez importante dans nos vies.

L'enfant neurotypique apprend à écrire et dessiner par imitation. Il voit son parent prendre un crayon et naturellement il veut faire la même chose, le petit enfant de 2 ans prendra le crayon et aura l'instinct de dessiner sur une feuille (ou les planchers, murs et fenêtres pourquoi pas!!!).

L'enfant TED n'apprend pas naturellement par imitation. Sa perception de l'environnement et des choses n'est pas la même que nous. Il n'aura pas nécessairement l'instinct de faire "comme nous".  Bien entendu je spécifie quand même que ça dépend de plusieurs facteurs et de l'atteinte de l'enfant TED. Ne tombons pas dans la généralisation donc rappelons-nous que je parle ici de Tommy principalement.

(Par exemple, si je parle des filles, le dessin est arrivé très tôt et de façon assez précise chez elles. Leur capacité d'imitation est excellente, et leur perception beaucoup plus ouverte que celle de leur frère. La particularité dans leur cas était plus la capacité d'inventer un dessin puisqu'elles reproduisaient principalement ce qu'on leur avait montrer seulement. Chez la grande on le voit dans ses dessins obsessifs. Elle peut garder le même thème plusieurs jours de suite et elle enchaine un dessin derrière l'autre toute la journée. Si on lui demande de dessiner quelque chose de nouveau, d'elle-même elle va avoir de la difficulté et peut-être paniquer un peu en demandant à ce qu'on lui dicte un thème.)

Bon je donnais l'exemple seulement pour dire qu'il ne faut pas généraliser dans mon exemple des crayons qui servent à aligner et faire rouler! 

Apprendre à manipuler un crayon, à colorier, dessiner des formes, bonhommes, ce sont des choses qui sont enseigner à Tommy. Pourquoi? Parce que c'est le socialement acceptable. Parce que bien entendu manipuler le crayon et dessiner est un pré-requis à l'écriture, qui on le sait, pourra être d'une grande utilité pour Tommy dans son futur. Ça reste quelque chose d'important.

Toutefois, je ne me réjouis pas vraiment lorsque je le vois dessiner ou lorsqu'on me montre un bricolage qu'il a "fait".

Pourquoi? Parce que je sais très bien que derrière le dessin et le bricolage, ce n'est pas mon enfant. Tommy de lui-même ne prendra pas naturellement un crayon pour faire ces choses. C'est un apprentissage qu'il a fait, mais ce n'est pas LUI. Ce n'est pas sa personnalité. Bien entendu, wow! il comprend comment dessiner un bonhomme, ça lui sera utile à l'école pour me ramener les bricolages qu'il y fera, mais il l'aura fait par automatisme... un peu comme un petit robot.


Tommy 4 ans et demi, un dessin fait sur demande.

J'en parle parce que c'est la constatation que mon conjoint a fait cette semaine. Il le savait, mais je pense que plus le temps passe plus il réalise vraiment ce que la "société" exige qu'on fasse de notre enfant. UN ROBOT.  Un robot qui a appris par coeur qu'il doit dire bonjour à l'arrivée d'une personne par exemple. Un robot qui sait dessiner "sur demande" pour faire comme les autres. Ce n'est pas nécessairement fait de façon volontaire, mais l'enseignement et les exigences qu'on a envers le TED provoque parfois cet effet de robot. L'enfant agit d'une façon X parce qu'il a appris comme ça mais il ne sait pas vraiment (et n'a pas nécessairement l'intérêt) pourquoi il le fait.  On le voit lorsqu'on dit à Tommy de ranger un jouet, qu'il le fait en pleurant alors qu'il ne sait pas vraiment pourquoi il doit le faire mais il y est obligé dans sa tête. Il ne comprend pas qu'il pourrait demander un délai, de jouer plus longtemps.... son action est apprise de cette façon, on me demande de ranger, je le fais. Pratique hein? N'est-ce pas un peu le rêve de plein de parents? Croyez-moi, quand je le vois le faire en larmes, sans pouvoir l'apaiser et lui dire qu'il pourra y revenir plus tard dans les mots "NT", ça me brise le coeur.

Non je ne me réjouis pas vraiment de voir ses bricolages et ses dessins, par contre je ne dirai pas que je ne comprends pas leur besoin à long terme comme j'ai expliqué plus haut.

Pour plusieurs personnes, principalement ceux qui n'ont pas à vivre avec un enfant TED, ça peut être difficile à comprendre. Je dirai même que dans ma façon de voir à moi, il se peut même que certaines personnes avec un enfant TED ne soit pas d'accord.

Pour moi, l'important c'est de développer MON ENFANT, son ÊTRE, ce qu'il est et SA PERSONNALITÉ.

Découper, dessiner, coller....
Regarder dans les yeux, dire bonjour en arrivant, jouer avec les autres...

Pour MOI ce sont des choses peu importantes. Je dis bien pour MOI vis-à-vis de mon enfant et non "pour tout le monde", je sais que ce sont des choses nécessaires pour l'aider dans son autonomie dans la société, je parle donc de MOI en tant que MAMAN.

L'école débutera bientôt et je ne m'en réjouis pas vraiment non plus. Je me fous déjà des "bulletins" et je pense déjà un peu à tous les travaux qu'il fera en classe sans vraiment comprendre pourquoi il les fait. Je dirais même que ça me fâche.  C'est bien beau, ils feront des séquences visuelles pour lui montrer ce qu'il doit faire, découper comme-ci, dessiner comme-ça, coller comme cela...  mais en rien ça ne développe ce que je connais de mon enfant. Ça me fâche de savoir qu'il ira passer une partie de son temps à faire ce qu'on lui dicte, alors que personne n'aura pensé à lui. Il exécutera... je ne dis pas qu'il le fera sans plaisir, mais qui pense à l'aider à SE comprendre en tant que personne, en tant que TED. Qui pense à l'aider à s'affirmer, à montrer qu'il a une personnalité bien a lui, des idées, des goûts...

Ce n'est pas méchant, les gens sont bien intentionnés, mais la réalité est qu'on veut que l'enfant se comporte le plus "comme les autres". Il y a aussi les limites de nos connaissances sur l'éducation d'un enfant TED et comment aller "débloquer" ce qui empêche leur développement.

J'ai été un certain temps à me demander si je ne faisais pas fausse route? À culpabiliser de ne pas payer une tonne de thérapies pour le rendre le plus "normal" possible. Je n'ai jamais eu a accepter mon enfant tel qu'il est et j'en suis venue à me demander si c'était "normal"? Pourtant, plus de deux ans plus tard, et avec l'arrivée prochaine de l'entrée scolaire, je suis de plus en plus certaine que je suis à l'aise avec ma façon de voir l'autisme de Tommy.  Mon garçon est tel qu'il est, tel que je le connais aujourd'hui avec ses petits "défauts" à la TED, ses manies qui me font parfois grogner... quand il tourne en rond, quand il répète mot à mot ce qu'on dit, quand il fait du flapping à ne plus finir...  Pourtant certains pourraient penser que je veux garder mon enfant comme ça, que je ne veux pas "l'aider", le "soigner", alors que je crois fermement que je veux simplement le respecter tel qu'il est, parce que je ne ressens pas le besoin de le normaliser. Pour moi ce n'est pas essentiel de le voir jouer avec les autres, quand je le vois marcher et fixer quelque chose que je ne comprends pas, c'est mon garçon, il est lui-même et c'est amplement suffisant pour moi.

Je ferai tout pour l'aider à se développer, pour qu'il ait du plaisir à être en société (eh oui même si ça inclut de faire des dessins sur demande et non de façon naturelle) sans se sentir exclus. Je ferai tout pour le voir développer son autonomie, mais ne vous surprenez pas si vous me voyez plus me réjouir de ses petites habitudes TED que des habitudes "NT" enseignées.


Tommy 4 ans et demi dans ses jeux libres

Notez que quand j'utilise le terme réjouir, et que je dis que je ne me réjouis pas de ses progrès "enseignés" je ne dis pas que je n'en suis pas contente, je dis seulement que ce n'est pas ça qui gonfle mon coeur de fierté parce que ce sont des choses que je vois plus comme "nécessaires". Pour l'instant mes petits bonheurs quotidiens c'est quand je le vois fredonner un air de chanson qu'il connait par coeur, quand je le vois parfois faire le "papillon" tellement il est heureux ou parce qu'il suit un beat de musique. C'est de le voir s'enrouler dans ses doudous lorsqu'il va se coucher...

1 commentaires:

Anonyme

Je te comprends tout à fait.

"Aider" un enfant TED, quand on y pense vraiment, c'est tellement paradoxal! On lui inculque à faire comme les autres, alors que pratiquement tous les NT, rendus à l'âge adulte, se morfondent en quête existentielle d'épanouissement pour "atteindre réellement leur vrai eux-même". C'est à se demander si on ne fait pas des efforts pour "dénaturer" nos enfants pour s'assurer qu'ils se cherchent rendus adultes :(

Quand je vois ma fille, parfaitement heureuse et épanouie - et qui semble beaucoup plus heureuse, sereine et épanouie que la majorité des enfants NT de son âge - j'ai réellement un sentiment d'angoisse à l'idée de commencer les rencontres au CRDITED... Elle a déjà atteint de stade que tous les adultes recherchent! Pourquoi la faire "régresser"? Heureusement, la réponse me vient pcq j'ai "mangé mes bas" à essayer de me faire une place dans une société où je ne me suis jamais sentie comme tout le monde : je vais l'amener au CRDITED pour lui donner les outils qui lui permettront de lui rendre supportable et vivable le contact social. Point! Pas question de se dénaturer... Je veux qu'elle reste elle même dans son petit bonheur! Mais je veux qu'elle sache qu'elle a, dans son coffre à outils pour affronter la vie, les outils qui vont lui permettre d'aller chercher ce dont elle a besoin, et qu'elle sache s'en servir. Je veux qu'elle sache que la société ne s'adaptera pas à elle, mais que ce n'est pas une raison pour se dénaturer, qu'elle peut se contenter de savoir maîtriser les rudiments de "l'acceptable". C'est comme apprendre les bases d'une nouvelle langue pour aller visiter un pays. Pas besoin d'oublier sa langue maternelle, ni d'être parfaitement bilingue. Juste savoir le minimum pour se faire comprendre et rester fière de sa langue maternelle ;)

Fofie

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